samedi, janvier 20, 2007

M. Sarkosy, le candidat des médias français (Opinion)


Alors comme ça, n’importe qui peut se permettre des phrases dans le genre ! Oui, si l’on possède une boule de cristal. Mais ce n’est pas le cas ici. Au royaume des aveugles...
M. Sarkosy, comme M. Balladur en son temps, est le candidat de la presse et des médias (Pierre Carles préfère lui l‘expression : « PPA », le parti de la Presse et de l‘Argent). Les heureux soupeurs de la dernière garden party de l’Elysée –l’ensemble du journalisme à quatre pattes y était réuni- laissaient échapper des chuchotements conspirateurs lorsque le sujet de conversation tombait sur les « présidentiables »... Le nom qui revenait le plus souvent sur les lèvres était celui du Maire de Neuilly; un grand ami des médias français. Une amitié qui, souvenez-vous, c’était en 1995, se fit des plus chaleureuses, lorsque M. Sarkosy fut nommé à la place de M. Alain Carignon, ministre de la communication(1). Il se retrouva alors ministre de tutelle des télévisions et radios publiques. Et depuis, « l’épais portefeuille d’amitiés médiatiques du maire de Neuilly lui servit de bouclier protecteur contre toute observation inutilement désobligeante »(2).

Et cela ne fait plus aucun doute ; du Nouvel Obs au Figaro, en passant par les Echos, Libé, le Monde, France-Soir, Paris-Match, l’Express, le Point, etc., les esprits les plus rétifs ont fini par se rendent à l’évidence : Monsieur Sarkosi pourrait bien être le prochain président des Français. Les retournements de vestes vont bon train. M. Chirac assailli de tous bords a, quant à lui, saisi au vol l’opportunité libanaise pour redorer son blason mais le coup de la « Grandeur de la France » est aujourd’hui éculé. Quoi qu’il dise ou fasse, les médias et leurs décideurs de patrons veulent s’en débarrasser. C’est « un changement de style et de génération » qu’ils demandent, que l’ensemble des Français demandent ?

Vraie fausse nouveauté...
Et qui de mieux pour cette ère de Renaissance que les tous jeunes M. Nicolas Sarkosy et Mme Ségolène Royal ? La confusion est de taille. A moins que cette pensée ne soit dirigée, un peu comme celle des néolibéraux présentant les plus vastes entreprises de restaurations politiques et économiques de ces trente dernières années comme autant de révolutions !
Sarkosy et Royal des p’tit jeunes en politique ? Voyons un peu.
Commençons par celle qui est la cause de cette mutation extraordinaire dont nos chroniqueurs vedettes ont ananlysé de long en large l’anatomie. La jeune et fringante Ségolène Royal.
La France dévoile ici son incurable conservatisme en matière politique ; une femme ! et en plus « jeune » pour tenir les rênes de l’état ! Nos archaïsmes sociaux n’en finissent pas de se réinventer. En matière de pratique féodale, on se rappelle encore les gros titres affligeants de notre presse nationale ; la France s’interrogeant, se demandant si elle serait prête à accepter une femme au volant du pays ! Mais, en ce qui concerne son programme politique, notre « madame tout le monde » peut repasser en matière de nouveauté. C’est du blairisme revenu au beurre français qu’elle nous propose. Un mutation certes, mais pas du tout dans le sens du socialisme. La sortie du tunnel pour la gauche ne pouvait qu’être celle-là et l’animosité affichée par les éléphants de son parti ne pouvait qu’être feinte.
Quant à M. Sarkosy, on le sait, il est né de la dernière pluie. Un blanc bec qui a quand même à son actif presque trente ans de vie politique de droite et pas des plus « light ». Difficile d’oublier qu’il a volé à Jean-Marie Le Pen la plupart de ses « nouvelles » idées en matière d’immigration. Sur le plan économique, M. Sarkosy est un des promoteurs du « oui », un homme pragmatique qui souhaite pour la France une modernité économique que l’état providence s’est acharnée à lui refuser. Et son programme s’il est élu ? Voilà cependant qui reste à éclaircir ? Disons que pour le moment, il navigue au sondage tout en suivant les préceptes de la banque mondiale qui, comme chacun le sait, n’aime pas brusquer les riches et se trouve avoir les mêmes goûts en matière de contrat social que les paisibles citoyens de Neuilly. Rien qui ne soit véritablement l’incarnation d’un changement de style.

Et l’alternance dans tout cela ?
Nous l’avons vu, les médias et leurs propriétaires : les patrons français, ont déjà à leur actif l’humiliante défaite du référendum sur la constitution européenne. A ce sujet, un peu plus d’un an après la mémorable rouste, les chiffres de l’économie française sont au beau fixe(3). Le silence des aboyeurs stipendiés qui lors de la campagne du « oui » avaient annoncé l’apocalypse en cas de victoire de la « réaction » et de l’anti France, sont bien silencieux aujourd’hui. Edifiant aussi que l’un de ces aboyeurs, le bariton Serge July, ait goûté le premier à l’amplification d’un marché du travail plus flexible.

Cette défaite de l’appareil propagandiste des néolibéraux ne semble pourtant pas avoir entamé leur optimisme (ils n’ont cependant pas que des défaites à déplorer : par exemple, la vaste opération de réhabilitation du pauvre M. Juppé injustement condamné par la justice française). Ils reviennent à la charge avec cette fois un candidat éreinté par l’exercice du pouvoir : M. Sarkosy. Et cela sans compter les scandales, les maladresses (l’affaire clearstream, les frasques de sa femme, les enfants d’immigrés expulsés, les théories lepénistes reprises sans scrupules, ses troublantes déclarations lors des émeutes en banlieues, etc.) qui fatiguent un électorat de plus en plus divisé sur son génie politique.
A cela il faut ajouter un effet de structure ; l’alternance en politique; mécanisme bien huilé en France et auquel les Français sont habitués. Depuis une bonne vingtaine de mois, la société française donne tous les signes de vouloir s’y vouer encore une fois. L’effet balancier qui remène un peu partout dans le monde le « socialisme » au pouvoir n’épargnera pas l’Exagone toujours à la pointe des grands changements.

Les troubles sociaux de ces derniers mois et la connaissance en matière économique et sociale dont font preuve les Français au moment de choisir leur avenir ne laissent rien présager de bon à une droite qui s’est scandaleusement enrichie alors même qu’elle déclarait la France en crise.


(1) - M. Carignon, démissionnaire, fut incarcéré à la prison Saint-Joseph de Lyon.

(2) - Lire, « Les nouveaux chiens de garde », de Serge Halimi. Page 19. Ed. Liber-Raison d’Agir

(3) - Lire le quotidien « Le Monde » du Samedi 12 août qui titre : « La croissance française affiche une forte hausse au 2eme trimestre ».





critiques

Thuram, le barbare. (Opinion)


La rentrée 2006, marquera avant tout le début de la campagne électorale qui culminera en 2007 par des élections présidentielles. La droite au pouvoir entend bien se créer les moyens de favoriser ses candidats pendant ces huit mois de campagne. Et elle a déjà prouvé que tous les moyens seraient bons pour parvenir à ses fins.

« La reprise en main » qui fait rage dans le monde de la culture en donne assez bien le ton. Le premier gêneur à en faire les frais dans le service public, fut Daniel Mermet, présentateur de la très célèbre et « pas très neutre » émission de France-Inter, « Là-bas si j’y suis » qui, juste avant les vacances d’été, s’est vue « reprogrammée » à une heure qui la privait de plus de la moitié de son auditoire. Et qu’arrive-t-il aux émissions qui perdent des points d’Audimat ?

La complicité voire la connivence, mainte fois dénoncée entre le monde de la politique et les grands journalistes politiques, va elle aussi aggraver l’image partisane qu’un grand nombre de Français ont de leurs médias. Des médias, qui comme chacun le sait aujourd’hui, sont dans leur grande majorité la propriété de milliardaires très proches du pouvoir. Et comme le faisait remarquer Pierre Bourdieu dans un entretien avec Philippe Fritsch, « actuellement, un des facteurs déterminants de l’existence dans le champs politique, c’est la reconnaissance par les journalistes. Les journalistes, -il faudrait dire le champ journalistique, avec ses concurrences, ses luttes, ses hiérarchies, ses conflits pour le monopole de l’information, etc.- sont déterminants dans la détermination de l’importance politique ». Le choix des informations et de l’idéologie que les uns et les autres défendent est donc tout naturellement soumis à un language commun dicté par la familiarité réelle qui unit les acteurs de ces deux champs.

Il nous faudra donc être très critiques ces prochains mois sur les choix opérés par nos journalistes. Car si leur opinion est déterminante aujourd’hui pour la reconnaissance dans le champ politique, elle l’est aussi par le choix des informations « pertinentes » à leurs yeux, qui sied le mieux à la représentation du monde émanant de la volonté du champ politique, par nature très fermé et qui, sur beaucoup de plans, vit de dos à la société. Il ne s’ouvre qu’au moment des verdicts populaires, des élections, référendums et autres activités démocratiques mais le reste du temps, il vit replié sur lui-même.

L’exemple le plus frappant de cet état de chose est le « scandale » des sans-papiers de Cachan, invités par un footballeur vedette à un match de football de la sélection nationale. On pourrait croire –et de nombreux commentateurs peu scrupuleux ou plus simplement paresseux se sont jetés dans la brèche- qu’un tel matraquage médiatique fût imputable au caractère purement sportif du fait divers. En effet, le football toucherait tout le monde, d’où la justification d’un tel écho.
Il s’agit hélas d’une vision fragmentaire d’un phénomène qui nous ramène aux événements sociaux de ces derniers mois et à la façon dont ils ont été couverts par les journalistes et les médias... Car tout le monde dans les médias n’est pas journaliste, il faut le rappeler.

Libres d’inviter qui on veut...
« Les joueurs sont bien libres d'inviter qui ils veulent. Je tiens simplement à dire à la Fédération française qu'elle soit vigilante à ce qu'un match de l'équipe de France ne soit pas instrumentalisé » a dit à la presse le ministre des Sports Jean-François Lamour. Un autre proche de M. Sarkosy, ministre de l'Intérieur, le député UMP, Yves Jégo, a jugé aussi sur RTL que Lilian Thuram « grand sportif, se (révélait) être un piètre individu sur le terrain de la politique ».

Ces déclarations passées en boucle et cautionnées par l’appareil médiatique -la plupart du temps, le footballeur, durement questionné, était sommé de répondre, un peu comme un accusé dans un tribunal populaire-, fait passer la victime pour un bourreau. Ainsi aveuglés, les Français ne voient pas que ce langage politique repose sur une exclusion, une confiscation de leur citoyenneté, un acte de violence symbolique inoui qui porte directement atteinte au droit de tout un chacun d’exprimer librement ses opinions sur la société et sur ces conducteurs.

Pourquoi un citoyen, qui de surcroit posséde un énorme capital médiatique comme Lilian Thuram, devrait-il être traité avec commisération par des hommes politiques jaloux de leurs avantages ? Et pourquoi ne condamner alors que les Thuram ? Johnny Haliday, Jean Reno, et tant d’autres, furent-ils accusés d’irresponsabilité dans les médias pour s’être donnés en spectacle avec le candidat Sarkosy ? Aucun d’entre eux, pourtant aussi profanes en politique que le footballeur « milliardaire » ne furent rappelés à l’ordre et accusés d’exercice illégal de la politique ! Là encore, deux poids deux mesures.

Nous sommes confrontés à un problème englobant la nature même de notre démocratie au prise avec des professionnels de la politique qui, de façon tout à fait insidieuse, confisquent nos libertés fondamentales. Aurions-nous oublié que n’importe qui dans une démocratie peut être candidat à la présidence et par conséquent qu’il est tout à fait apte à faire de la politique ?

Tout cela ne vous rappelle-t-il pas le scandale Coluche candidat aux présidentielles? A l’époque, « tout le champ médiatico-politique s’était mobilisé, par delà toute les différences, pour condamner cette barbarie radicale qui consistait à mettre en question le présupposé fondamental, à savoir que seuls les politiques peuvent parler politique »[1].
Voilà qui expliquerait aussi l’étrange silence de la gauche dans l’affaire Thuram...

« La politique, c’est la politique »
Voilà qui expliquerait aussi pourquoi les médias n’ont rien vu. Immense caisse de raisonnance au service d’une élite jalouse de ses privilèges, ils assènent sans que personne ne sourcille le fameux « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ». La complicité fondamentale, la collusion entre les médias et le monde de la politique ; la confiscation de nos droits, est un débat plus jamais d’actualité en période électorale. Les graves dangers pour la France que représente la mainmise sur notre liberté d’expression et l’exercice d’une citoyenneté responsable nous oblige à repenser le bien fondé de cette relation incestueuse entre politique et médias qui, nous dit-on, dépend de toute une somme de compétences spécifiques qui seraient à l’image de la complexité du monde moderne. S’entend ; impossible à changer.

Encore une fois, les profanes que nous sommes, sont mis à l’écart et chaque nouvelle intervention de ce genre nous éloigne de la démocratie participative que l’homme de la rue est en droit d’attendre d’une société libre.

Londres, le 8 septembre 2006

[1] Pierre Bourdieu. “Propos sur le champs politique”. Ed. Presses universitaires de Lyon, 2000.



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