jeudi, février 15, 2007

Discours du Nobel de Harold Pinter


Extraits

En 1958 j’ai écrit la chose suivante : "Il n’y a pas de distinctions tranchées entre ce qui est réel et ce qui est irréel, entre ce qui est vrai et ce qui est faux. Une chose n’est pas nécessairement vraie ou fausse ; elle peut être tout à la fois vraie et fausse."

Je crois que ces affirmations ont toujours un sens et s’appliquent toujours à l’exploration de la réalité à travers l’art. Donc, en tant qu’auteur, j’y souscris encore, mais en tant que citoyen je ne peux pas. En tant que citoyen, je dois demander : Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ?

La vérité au théâtre est à jamais insaisissable. Vous ne la trouvez jamais tout à fait, mais sa quête a quelque chose de compulsif. Cette quête est précisément ce qui commande votre effort. Cette quête est votre tâche. La plupart du temps vous tombez sur la vérité par hasard dans le noir, en entrant en collision avec elle, ou en entrevoyant simplement une image ou une forme qui semble correspondre à la vérité, souvent sans vous rendre compte que vous l’avez fait. Mais la réelle vérité, c’est qu’il n’y a jamais, en art dramatique, une et une seule vérité à découvrir. Il y en a beaucoup. Ces vérités se défient l’une l’autre, se dérobent l’une à l’autre, se reflètent, s’ignorent, se narguent, sont aveugles l’une à l’autre. Vous avez parfois le sentiment d’avoir trouvé dans votre main la vérité d’un moment, puis elle vous glisse entre les doigts et la voilà perdue. [...]

Mais, comme je le disais, la quête de la vérité ne peut jamais s’arrêter. Elle ne saurait être ajournée, elle ne saurait être différée. Il faut l’affronter là, tout de suite. [...]

Le langage politique, tel que l’emploient les hommes politiques, ne s’aventure jamais sur ce genre de terrain, puisque la majorité des hommes politiques, à en croire les éléments dont nous disposons, ne s’intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir. Pour maintenir ce pouvoir il est essentiel que les gens demeurent dans l’ignorance, qu’ils vivent dans l’ignorance de la vérité, jusqu’à la vérité de leur propre vie. Ce qui nous entoure est donc un vaste tissu de mensonges, dont nous nous nourrissons.

Comme le sait ici tout un chacun, l’argument avancé pour justifier l’invasion de l’Irak était que Saddam Hussein détenait un arsenal extrêmement dangereux d’armes de destruction massive, dont certaines pouvaient être déchargées en 45 minutes, provoquant un effroyable carnage. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak entretenait des relations avec Al-Qaida et avait donc sa part de responsabilité dans l’atrocité du 11 septembre 2001 à New York. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak menaçait la sécurité du monde. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai.

La vérité est totalement différente. La vérité est liée à la façon dont les États-Unis comprennent leur rôle dans le monde et la façon dont ils choisissent de l’incarner.

Mais avant de revenir au temps présent, j’aimerais considérer l’histoire récente, j’entends par là la politique étrangère des États-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Je crois qu’il est pour nous impératif de soumettre cette période à un examen rigoureux, quoique limité, forcément, par le temps dont nous disposons ici.
Tout le monde sait ce qui s’est passé en Union soviétique et dans toute l’Europe de l’Est durant l’après-guerre : la brutalité systématique, les atrocités largement répandues, la répression impitoyable de toute pensée indépendante. Tout cela a été pleinement documenté et attesté.

Mais je soutiens que les crimes commis par les États-Unis durant cette même période n’ont été que superficiellement rapportés, encore moins documentés, encore moins reconnus, encore moins identifiés à des crimes tout court. Je crois que la question doit être abordée et que la vérité a un rapport évident avec l’état actuel du monde. Bien que limitées, dans une certaine mesure, par l’existence de l’Union soviétique, les actions menées dans le monde entier par les États-Unis donnaient clairement à entendre qu’ils avaient décrété avoir carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.
L’invasion directe d’un état souverain n’a jamais été, de fait, la méthode privilégiée de l’Amérique. Dans l’ensemble, elle préférait ce qu’elle a qualifié de "conflit de faible intensité". "Conflit de faible intensité", cela veut dire que des milliers de gens meurent, mais plus lentement que si vous lâchiez une bombe sur eux d’un seul coup. Cela veut dire que vous contaminez le cœur du pays, que vous y implantez une tumeur maligne et que vous observez s’étendre la gangrène. Une fois que le peuple a été soumis - ou battu à mort - ça revient au même - et que vos amis, les militaires et les grandes sociétés commerciales, sont confortablement installés au pouvoir, vous allez devant les caméras et vous déclarez que la démocratie l’a emporté. C’était monnaie courante dans la politique étrangère américaine dans les années auxquelles je fais allusion.

La tragédie du Nicaragua s’est avérée être un cas extrêmement révélateur. Si je décide de l’évoquer ici, c’est qu’il illustre de façon convaincante la façon dont l’Amérique envisage son rôle dans le monde, aussi bien à l’époque qu’aujourd’hui.
J’ai assisté à une réunion qui s’est tenue à l’Ambassade des États-Unis à Londres à la fin des années 80.

Le Congrès américain était sur le point de décider s’il fallait ou non donner davantage d’argent aux Contras dans la campagne qu’ils menaient contre l’État du Nicaragua. J’étais là en tant que membre d’une délégation parlant au nom du Nicaragua, mais le membre le plus important de cette délégation était un certain Père John Metcalf. Le chef de file du camp américain était Raymond Seitz (alors bras droit de l’ambassadeur, lui-même nommé ambassadeur par la suite). Père Metcalf a dit : "Monsieur, j’ai la charge d’une paroisse au nord du Nicaragua. Mes paroissiens ont construit une école, un centre médico-social, un centre culturel. Nous avons vécu en paix. Il y a quelques mois une force de la Contra a attaqué la paroisse. Ils ont tout détruit : l’école, le centre médico-social, le centre culturel. Ils ont violé les infirmières et les institutrices, massacré les médecins, de la manière la plus brutale. Ils se sont comportés comme des sauvages. Je vous en supplie, exigez du gouvernement américain qu’il retire son soutien à cette odieuse activité terroriste."

Raymond Seitz avait très bonne réputation, celle d’un homme rationnel, responsable et très bien informé. Il était grandement respecté dans les cercles diplomatiques. Il a écouté, marqué une pause, puis parlé avec une certaine gravité. "Père, dit-il, laissez-moi vous dire une chose. En temps de guerre, les innocents souffrent toujours." Il y eut un silence glacial. Nous l’avons regardé d’un œil fixe. Il n’a pas bronché.

Les innocents, certes, souffrent toujours.

Finalement quelqu’un a dit : "Mais dans le cas qui nous occupe, des ’innocents’ ont été les victimes d’une atrocité innommable financée par votre gouvernement, une parmi tant d’autres. Si le Congrès accorde davantage d’argent aux Contras, d’autres atrocités de cette espèce seront perpétrées. N’est-ce pas le cas ? Votre gouvernement n’est-il pas par là même coupable de soutenir des actes meurtriers et destructeurs commis sur les citoyens d’un état souverain ?"

Seitz était imperturbable. "Je ne suis pas d’accord que les faits, tels qu’ils nous ont été exposés, appuient ce que vous affirmez là", dit-il.

Alors que nous quittions l’ambassade, un conseiller américain m’a dit qu’il aimait beaucoup mes pièces. Je n’ai pas répondu.

Je dois vous rappeler qu’à l’époque le président Reagan avait fait la déclaration suivante : "Les Contras sont l’équivalent moral de nos Pères fondateurs."

Les États-Unis ont pendant plus de quarante ans soutenu la dictature brutale de Somoza au Nicaragua. Le peuple nicaraguayen, sous la conduite des Sandinistes, a renversé ce régime en 1979, une révolution populaire et poignante.

Les Sandinistes n’étaient pas parfaits. Ils avaient leur part d’arrogance et leur philosophie politique comportait un certain nombre d’éléments contradictoires. Mais ils étaient intelligents, rationnels et civilisés. Leur but était d’instaurer une société stable, digne, et pluraliste. La peine de mort a été abolie. Des centaines de milliers de paysans frappés par la misère ont été ramenés d’entre les morts. Plus de 100 000 familles se sont vues attribuer un droit à la terre. Deux mille écoles ont été construites. Une campagne d’alphabétisation tout à fait remarquable a fait tomber le taux d’analphabétisme dans le pays sous la barre des 15 %. L’éducation gratuite a été instaurée ainsi que la gratuité des services de santé. La mortalité infantile a diminué d’un tiers. La polio a été éradiquée.

Les États-Unis accusèrent ces franches réussites d’être de la subversion marxiste-léniniste. Aux yeux du gouvernement américain, le Nicaragua donnait là un dangereux exemple. Si on lui permettait d’établir les normes élémentaires de la justice économique et sociale, si on lui permettait d’élever le niveau des soins médicaux et de l’éducation et d’accéder à une unité sociale et une dignité nationale, les pays voisins se poseraient les mêmes questions et apporteraient les mêmes réponses. Il y avait bien sûr à l’époque, au Salvador, une résistance farouche au statu quo.
J’ai parlé tout à l’heure du "tissu de mensonges" qui nous entoure. Le président Reagan qualifiait couramment le Nicaragua de "donjon totalitaire". Ce que les médias, et assurément le gouvernement britannique, tenaient généralement pour une observation juste et méritée. Il n’y avait pourtant pas trace d’escadrons de la mort sous le gouvernement sandiniste. Il n’y avait pas trace de tortures. Il n’y avait pas trace de brutalité militaire, systématique ou officielle. Aucun prêtre n’a jamais été assassiné au Nicaragua. Il y avait même trois prêtres dans le gouvernement sandiniste, deux jésuites et un missionnaire de la Société de Maryknoll. Les "donjons totalitaires" se trouvaient en fait tout à côté, au Salvador et au Guatemala. Les États-Unis avaient, en 1954, fait tomber le gouvernement démocratiquement élu du Guatemala et on estime que plus de 200 000 personnes avaient été victimes des dictatures militaires qui s’y étaient succédé.

En 1989, six des plus éminents jésuites du monde ont été violemment abattus à l’Université Centraméricaine de San Salvador par un bataillon du régiment Alcatl entraîné à Fort Benning, Géorgie, USA. L’archevêque Romero, cet homme au courage exemplaire, a été assassiné alors qu’il célébrait la messe. On estime que 75 000 personnes sont mortes. Pourquoi a-t-on tué ces gens-là ? On les a tués parce qu’ils étaient convaincus qu’une vie meilleure était possible et devait advenir. Cette conviction les a immédiatement catalogués comme communistes. Ils sont morts parce qu’ils osaient contester le statu quo, l’horizon infini de pauvreté, de maladies, d’humiliation et d’oppression, le seul droit qu’ils avaient acquis à la naissance.
Les États-Unis ont fini par faire tomber le gouvernement sandiniste. Cela leur prit plusieurs années et ils durent faire preuve d’une ténacité considérable, mais une persécution économique acharnée et 30 000 morts ont fini par ébranler le courage des Nicaraguayens. Ils étaient épuisés et de nouveau misérables. L’économie "casino" s’est réinstallée dans le pays. C’en était fini de la santé gratuite et de l’éducation gratuite. Les affaires ont fait un retour en force. La "Démocratie" l’avait emporté.

Mais cette "politique" ne se limitait en rien à l’Amérique centrale. Elle était menée partout dans le monde. Elle était sans fin. Et c’est comme si ça n’était jamais arrivé.

Les États-Unis ont soutenu, et dans bien des cas engendré, toutes les dictatures militaires droitières apparues dans le monde à l’issue de la seconde guerre mondiale. Je veux parler de l’Indonésie, de la Grèce, de l’Uruguay, du Brésil, du Paraguay, d’Haïti, de la Turquie, des Philippines, du Guatemala, du Salvador, et, bien sûr, du Chili. L’horreur que les États-Unis ont infligée au Chili en 1973 ne pourra jamais être expiée et ne pourra jamais être oubliée.

Des centaines de milliers de morts ont eu lieu dans tous ces pays. Ont-elles eu lieu ? Et sont-elles dans tous les cas imputables à la politique étrangère des États-Unis ? La réponse est oui, elles ont eu lieu et elles sont imputables à la politique étrangère américaine. Mais vous n’en savez rien.

Ça ne s’est jamais passé. Rien ne s est jamais passé. Même pendant que cela se passait, ça ne se passait pas. Ça n’avait aucune importance. Ça n’avait aucun intérêt. Les crimes commis par les États-Unis ont été systématiques, constants, violents, impitoyables, mais très peu de gens en ont réellement parlé. Rendons cette justice à l’Amérique : elle s’est livrée, partout dans le monde, à une manipulation tout à fait clinique du pouvoir tout en se faisant passer pour une force qui agissait dans l’intérêt du bien universel. Un cas d’hypnose génial, pour ne pas dire spirituel, et terriblement efficace.

Les États-Unis, je vous le dis, offrent sans aucun doute le plus grand spectacle du moment. Pays brutal, indifférent, méprisant et sans pitié, peut-être bien, mais c’est aussi un pays très malin. À l’image d’un commis voyageur, il œuvre tout seul et l’article qu’il vend le mieux est l’amour de soi. Succès garanti. Écoutez tous les présidents américains à la télévision prononcer les mots "peuple américain", comme dans la phrase : "Je dis au peuple américain qu’il est temps de prier et de défendre les droits du peuple américain et je demande au peuple américain de faire confiance à son président pour les actions qu’il s’apprête à mener au nom du peuple américain."

Le stratagème est brillant. Le langage est en fait employé pour tenir la pensée en échec. Les mots "peuple américain" fournissent un coussin franchement voluptueux destiné à vous rassurer. Vous n’avez pas besoin de penser. Vous n’avez qu’à vous allonger sur le coussin. Il se peut que ce coussin étouffe votre intelligence et votre sens critique mais il est très confortable. Ce qui bien sûr ne vaut pas pour les 40 millions de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ni aux 2 millions d’hommes et de femmes incarcérés dans le vaste goulag de prisons qui s’étend d’un bout à l’autre des États-Unis.

Les États-Unis ne se préoccupent plus des conflits de faible intensité. Ils ne voient plus l’intérêt qu’il y aurait à faire preuve de réserve, ni même de sournoiserie. Ils jouent cartes sur table, sans distinction. C’est bien simple, ils se fichent éperdument des Nations unies, du droit international ou des voix dissidentes, dont ils pensent qu’ils n’ont aucun pouvoir ni aucune pertinence. Et puis ils ont leur petit agneau bêlant qui les suit partout au bout d’une laisse, la Grande-Bretagne, pathétique et soumise.

Où est donc passée notre sensibilité morale ? En avons-nous jamais eu une ? Que signifient ces mots ? Renvoient-ils à un terme très rarement employé ces temps-ci - la conscience ? Une conscience qui soit non seulement liée à nos propres actes mais qui soit également liée à la part de responsabilité qui est la nôtre dans les actes d’autrui ? Tout cela est-il mort ? Regardez Guantanamo. Des centaines de gens détenus sans chef d’accusation depuis plus de trois ans, sans représentation légale ni procès équitable, théoriquement détenus pour toujours. Cette structure totalement illégitime est maintenue au mépris de la Convention de Genève. Non seulement on la tolère mais c’est à peine si la soi-disant "communauté internationale" en fait le moindre cas. Ce crime scandaleux est commis en ce moment même par un pays qui fait profession d’être "le leader du monde libre". Est-ce que nous pensons aux locataires de Guantanamo ? Qu’en disent les médias ? Ils se réveillent de temps en temps pour nous pondre un petit article en page six. Ces hommes ont été relégués dans un no man’s land dont ils pourraient fort bien ne jamais revenir. À présent beaucoup d’entre eux font la grève de la faim, ils sont nourris de force, y compris des résidents britanniques. Pas de raffinements dans ces méthodes d’alimentation forcée. Pas de sédatifs ni d’anesthésiques. Juste un tube qu’on vous enfonce dans le nez et qu’on vous fait descendre dans la gorge. Vous vomissez du sang. C’est de la torture. Qu’en a dit le ministre des affaires étrangères britannique ? Rien. Qu’en a dit le premier ministre britannique ? Rien. Et pourquoi ? Parce que les États-Unis ont déclaré : critiquer notre conduite à Guantanamo constitue un acte hostile. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. Résultat, Blair se tait.

L’invasion de l’Irak était un acte de banditisme, un acte de terrorisme d’État patenté, témoignant d’un absolu mépris pour la notion de droit international. Cette invasion était un engagement militaire arbitraire inspiré par une série de mensonges répétés sans fin et une manipulation flagrante des médias et, partant, du public ; une intervention visant à renforcer le contrôle militaire et économique de l’Amérique sur le Moyen-Orient et ce faisant passer - en dernier ressort - toutes les autres justifications n’ayant pas réussi à prouver leur bien-fondé - pour une libération. Une redoutable affirmation de la force militaire responsable de la mort et de la mutilation de milliers et de milliers d’innocents.

Nous avons apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables tueries commises au hasard, la misère, l’humiliation et la mort et nous appelons cela "apporter la liberté et la démocratie au Moyen-Orient".

Combien de gens vous faut-il tuer avant d’avoir droit au titre de meurtrier de masse et de criminel de guerre ? Cent mille ? Plus qu’assez, serais-je tenté de croire. Il serait donc juste que Bush et Blair soient appelés à comparaître devant la Cour internationale de justice. Mais Bush a été malin. Il n’a pas ratifié la Cour internationale de justice. Donc, si un soldat américain ou, à plus forte raison, un homme politique américain, devait se retrouver au banc des accusés, Bush a prévenu qu’il enverrait les marines. Mais Tony Blair, lui, a ratifié la Cour et peut donc faire l’objet de poursuites. Nous pouvons communiquer son adresse à la Cour si ça l’intéresse. Il habite au 10 Downing Street, Londres.

La mort dans ce contexte devient tout à fait accessoire. Bush et Blair prennent tous deux bien soin de la mettre de côté. Au moins 100 000 Irakiens ont péri sous les bombes et les missiles américains avant que ne commence l’insurrection irakienne. Ces gens-là sont quantité négligeable. Leur mort n’existe pas. Un néant. Ils ne sont même pas recensés comme étant morts. "Nous ne comptons pas les cadavres" a déclaré le général américain Tommy Franks.

Aux premiers jours de l’invasion une photo a été publiée à la une des journaux britanniques ; on y voit Tony Blair embrassant sur la joue un petit garçon irakien. "Un enfant reconnaissant" disait la légende. Quelques jours plus tard on pouvait trouver, en pages intérieures, l’histoire et la photo d’un autre petit garçon de quatre ans qui n’avait plus de bras. Sa famille avait été pulvérisée par un missile. C’était le seul survivant. "Quand est-ce que je retrouverai mes bras ?" demandait-il. L’histoire est passée à la trappe. Eh bien oui, Tony Blair ne le serrait pas contre lui, pas plus qu’il ne serrait dans ses bras le corps d’un autre enfant mutilé, ou le corps d’un cadavre ensanglanté. Le sang, c’est sale. Ça salit votre chemise et votre cravate quand vous parlez avec sincérité devant les caméras de télévision.

Les 2 000 morts américains sont embarrassants. On les transporte vers leurs tombes dans le noir. Les funérailles se font discrètement, en lieu sûr. Les mutilés pourrissent dans leurs lits, certains pour le restant de leurs jours. Ainsi les morts et les mutilés pourrissent-ils, dans différentes catégories de tombes.

J’ai dit tout à l’heure que les États-Unis étaient désormais d’une franchise totale et jouaient cartes sur table. C’est bien le cas. Leur politique officielle déclarée est désormais définie comme une "full spectrum dominance" (une domination totale sur tous les fronts). L’expression n’est pas de moi, elle est d’eux. "Full spectrum dominance", cela veut dire contrôle des terres, des mers, des airs et de l’espace et de toutes les ressources qui vont avec.

Les États-Unis occupent aujourd’hui 702 installations militaires dans 132 pays du monde entier, à l’honorable exception de la Suède, bien sûr. On ne sait pas trop comment ils en sont arrivés là, mais une chose est sûre, c’est qu’ils y sont.

Les États-Unis détiennent 8 000 ogives nucléaires actives et opérationnelles. 2 000 sont en état d’alerte maximale, prêtes à être lancées avec un délai d’avertissement de 15 minutes. Ils développent de nouveaux systèmes de force nucléaire, connus sous le nom de "bunker busters" (briseurs de blockhaus). Les Britanniques, toujours coopératifs, ont l’intention de remplacer leur missile nucléaire, le Trident. Qui, je me le demande, visent-ils ? Oussama Ben Laden ? Vous ? Moi ? Tartempion ? La Chine ? Paris ? Qui sait ? Ce que nous savons c’est que cette folie infantile - détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir - est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle. Nous devons nous rappeler que les États-Unis sont en permanence sur le pied de guerre et ne laissent entrevoir en la matière aucun signe de détente.

Des milliers, sinon des millions, de gens aux États-Unis sont pleins de honte et de colère, visiblement écœurés par les actions de leur gouvernement, mais en l’état actuel des choses, ils ne constituent pas une force politique cohérente - pas encore. Cela dit, l’angoisse, l’incertitude et la peur que nous voyons grandir de jour en jour aux États-Unis ne sont pas près de s’atténuer.

Je sais que le président Bush emploie déjà pour écrire ses discours de nombreuses personnes extrêmement compétentes, mais j’aimerais me porter volontaire pour le poste. Je propose la courte allocution suivante, qu’il pourrait faire à la télévision et adresser à la nation. Je l’imagine grave, les cheveux soigneusement peignés, sérieux, avenant, sincère, souvent enjôleur, y allant parfois d’un petit sourire forcé, curieusement séduisant, un homme plus à son aise avec les hommes.
"Dieu est bon. Dieu est grand. Dieu est bon. Mon Dieu est bon. Le Dieu de Ben Laden est mauvais. Le sien est un mauvais Dieu. Le Dieu de Saddam était mauvais, sauf que Saddam n’en avait pas. C’était un barbare. Nous ne sommes pas des barbares. Nous ne tranchons pas la tête des gens. Nous croyons à la liberté. Dieu aussi. Je ne suis pas un barbare. Je suis le leader démocratiquement élu d’une démocratie éprise de liberté. Nous sommes une société pleine de compassion. Nous administrons des électrocutions pleines de compassion et des injections létales pleines de compassion. Nous sommes une grande nation. Je ne suis pas un dictateur. Lui, oui. Je ne suis pas un barbare. Lui, oui. Et lui aussi. Ils le sont tous. Moi, je détiens l’autorité morale. Vous voyez ce poing ? C’est ça, mon autorité morale. Tâchez de ne pas l’oublier."

La vie d’un écrivain est une activité infiniment vulnérable, presque nue. Inutile de pleurer là-dessus. L’écrivain fait un choix, un choix qui lui colle à la peau. Mais il est juste de dire que vous êtes exposé à tous les vents, dont certains sont glacés bien sûr. Vous œuvrez tout seul, isolé de tout. Vous ne trouvez aucun refuge, aucune protection - sauf si vous mentez - auquel cas bien sûr vous avez construit et assuré vous-même votre protection et, on pourrait vous le rétorquer, vous êtes devenu un homme politique.

Quand nous nous regardons dans un miroir nous pensons que l’image qui nous fait face est fidèle. Mais bougez d’un millimètre et l’image change. Nous sommes en fait en train de regarder une gamme infinie de reflets. Mais un écrivain doit parfois fracasser le miroir - car c’est de l’autre côté de ce miroir que la vérité nous fixe des yeux.

Je crois que malgré les énormes obstacles qui existent, être intellectuellement résolus, avec une détermination farouche, stoïque et inébranlable, à définir, en tant que citoyens, la réelle vérité de nos vies et de nos sociétés est une obligation cruciale qui nous incombe à tous. Elle est même impérative.

Si une telle détermination ne s’incarne pas dans notre vision politique, nous n’avons aucun espoir de restaurer ce que nous sommes si près de perdre - notre dignité d’homme.

Discours lu à Stockholm, le mercredi 7 décembre 2005.
critiques

samedi, janvier 20, 2007

M. Sarkosy, le candidat des médias français (Opinion)


Alors comme ça, n’importe qui peut se permettre des phrases dans le genre ! Oui, si l’on possède une boule de cristal. Mais ce n’est pas le cas ici. Au royaume des aveugles...
M. Sarkosy, comme M. Balladur en son temps, est le candidat de la presse et des médias (Pierre Carles préfère lui l‘expression : « PPA », le parti de la Presse et de l‘Argent). Les heureux soupeurs de la dernière garden party de l’Elysée –l’ensemble du journalisme à quatre pattes y était réuni- laissaient échapper des chuchotements conspirateurs lorsque le sujet de conversation tombait sur les « présidentiables »... Le nom qui revenait le plus souvent sur les lèvres était celui du Maire de Neuilly; un grand ami des médias français. Une amitié qui, souvenez-vous, c’était en 1995, se fit des plus chaleureuses, lorsque M. Sarkosy fut nommé à la place de M. Alain Carignon, ministre de la communication(1). Il se retrouva alors ministre de tutelle des télévisions et radios publiques. Et depuis, « l’épais portefeuille d’amitiés médiatiques du maire de Neuilly lui servit de bouclier protecteur contre toute observation inutilement désobligeante »(2).

Et cela ne fait plus aucun doute ; du Nouvel Obs au Figaro, en passant par les Echos, Libé, le Monde, France-Soir, Paris-Match, l’Express, le Point, etc., les esprits les plus rétifs ont fini par se rendent à l’évidence : Monsieur Sarkosi pourrait bien être le prochain président des Français. Les retournements de vestes vont bon train. M. Chirac assailli de tous bords a, quant à lui, saisi au vol l’opportunité libanaise pour redorer son blason mais le coup de la « Grandeur de la France » est aujourd’hui éculé. Quoi qu’il dise ou fasse, les médias et leurs décideurs de patrons veulent s’en débarrasser. C’est « un changement de style et de génération » qu’ils demandent, que l’ensemble des Français demandent ?

Vraie fausse nouveauté...
Et qui de mieux pour cette ère de Renaissance que les tous jeunes M. Nicolas Sarkosy et Mme Ségolène Royal ? La confusion est de taille. A moins que cette pensée ne soit dirigée, un peu comme celle des néolibéraux présentant les plus vastes entreprises de restaurations politiques et économiques de ces trente dernières années comme autant de révolutions !
Sarkosy et Royal des p’tit jeunes en politique ? Voyons un peu.
Commençons par celle qui est la cause de cette mutation extraordinaire dont nos chroniqueurs vedettes ont ananlysé de long en large l’anatomie. La jeune et fringante Ségolène Royal.
La France dévoile ici son incurable conservatisme en matière politique ; une femme ! et en plus « jeune » pour tenir les rênes de l’état ! Nos archaïsmes sociaux n’en finissent pas de se réinventer. En matière de pratique féodale, on se rappelle encore les gros titres affligeants de notre presse nationale ; la France s’interrogeant, se demandant si elle serait prête à accepter une femme au volant du pays ! Mais, en ce qui concerne son programme politique, notre « madame tout le monde » peut repasser en matière de nouveauté. C’est du blairisme revenu au beurre français qu’elle nous propose. Un mutation certes, mais pas du tout dans le sens du socialisme. La sortie du tunnel pour la gauche ne pouvait qu’être celle-là et l’animosité affichée par les éléphants de son parti ne pouvait qu’être feinte.
Quant à M. Sarkosy, on le sait, il est né de la dernière pluie. Un blanc bec qui a quand même à son actif presque trente ans de vie politique de droite et pas des plus « light ». Difficile d’oublier qu’il a volé à Jean-Marie Le Pen la plupart de ses « nouvelles » idées en matière d’immigration. Sur le plan économique, M. Sarkosy est un des promoteurs du « oui », un homme pragmatique qui souhaite pour la France une modernité économique que l’état providence s’est acharnée à lui refuser. Et son programme s’il est élu ? Voilà cependant qui reste à éclaircir ? Disons que pour le moment, il navigue au sondage tout en suivant les préceptes de la banque mondiale qui, comme chacun le sait, n’aime pas brusquer les riches et se trouve avoir les mêmes goûts en matière de contrat social que les paisibles citoyens de Neuilly. Rien qui ne soit véritablement l’incarnation d’un changement de style.

Et l’alternance dans tout cela ?
Nous l’avons vu, les médias et leurs propriétaires : les patrons français, ont déjà à leur actif l’humiliante défaite du référendum sur la constitution européenne. A ce sujet, un peu plus d’un an après la mémorable rouste, les chiffres de l’économie française sont au beau fixe(3). Le silence des aboyeurs stipendiés qui lors de la campagne du « oui » avaient annoncé l’apocalypse en cas de victoire de la « réaction » et de l’anti France, sont bien silencieux aujourd’hui. Edifiant aussi que l’un de ces aboyeurs, le bariton Serge July, ait goûté le premier à l’amplification d’un marché du travail plus flexible.

Cette défaite de l’appareil propagandiste des néolibéraux ne semble pourtant pas avoir entamé leur optimisme (ils n’ont cependant pas que des défaites à déplorer : par exemple, la vaste opération de réhabilitation du pauvre M. Juppé injustement condamné par la justice française). Ils reviennent à la charge avec cette fois un candidat éreinté par l’exercice du pouvoir : M. Sarkosy. Et cela sans compter les scandales, les maladresses (l’affaire clearstream, les frasques de sa femme, les enfants d’immigrés expulsés, les théories lepénistes reprises sans scrupules, ses troublantes déclarations lors des émeutes en banlieues, etc.) qui fatiguent un électorat de plus en plus divisé sur son génie politique.
A cela il faut ajouter un effet de structure ; l’alternance en politique; mécanisme bien huilé en France et auquel les Français sont habitués. Depuis une bonne vingtaine de mois, la société française donne tous les signes de vouloir s’y vouer encore une fois. L’effet balancier qui remène un peu partout dans le monde le « socialisme » au pouvoir n’épargnera pas l’Exagone toujours à la pointe des grands changements.

Les troubles sociaux de ces derniers mois et la connaissance en matière économique et sociale dont font preuve les Français au moment de choisir leur avenir ne laissent rien présager de bon à une droite qui s’est scandaleusement enrichie alors même qu’elle déclarait la France en crise.


(1) - M. Carignon, démissionnaire, fut incarcéré à la prison Saint-Joseph de Lyon.

(2) - Lire, « Les nouveaux chiens de garde », de Serge Halimi. Page 19. Ed. Liber-Raison d’Agir

(3) - Lire le quotidien « Le Monde » du Samedi 12 août qui titre : « La croissance française affiche une forte hausse au 2eme trimestre ».





critiques

Thuram, le barbare. (Opinion)


La rentrée 2006, marquera avant tout le début de la campagne électorale qui culminera en 2007 par des élections présidentielles. La droite au pouvoir entend bien se créer les moyens de favoriser ses candidats pendant ces huit mois de campagne. Et elle a déjà prouvé que tous les moyens seraient bons pour parvenir à ses fins.

« La reprise en main » qui fait rage dans le monde de la culture en donne assez bien le ton. Le premier gêneur à en faire les frais dans le service public, fut Daniel Mermet, présentateur de la très célèbre et « pas très neutre » émission de France-Inter, « Là-bas si j’y suis » qui, juste avant les vacances d’été, s’est vue « reprogrammée » à une heure qui la privait de plus de la moitié de son auditoire. Et qu’arrive-t-il aux émissions qui perdent des points d’Audimat ?

La complicité voire la connivence, mainte fois dénoncée entre le monde de la politique et les grands journalistes politiques, va elle aussi aggraver l’image partisane qu’un grand nombre de Français ont de leurs médias. Des médias, qui comme chacun le sait aujourd’hui, sont dans leur grande majorité la propriété de milliardaires très proches du pouvoir. Et comme le faisait remarquer Pierre Bourdieu dans un entretien avec Philippe Fritsch, « actuellement, un des facteurs déterminants de l’existence dans le champs politique, c’est la reconnaissance par les journalistes. Les journalistes, -il faudrait dire le champ journalistique, avec ses concurrences, ses luttes, ses hiérarchies, ses conflits pour le monopole de l’information, etc.- sont déterminants dans la détermination de l’importance politique ». Le choix des informations et de l’idéologie que les uns et les autres défendent est donc tout naturellement soumis à un language commun dicté par la familiarité réelle qui unit les acteurs de ces deux champs.

Il nous faudra donc être très critiques ces prochains mois sur les choix opérés par nos journalistes. Car si leur opinion est déterminante aujourd’hui pour la reconnaissance dans le champ politique, elle l’est aussi par le choix des informations « pertinentes » à leurs yeux, qui sied le mieux à la représentation du monde émanant de la volonté du champ politique, par nature très fermé et qui, sur beaucoup de plans, vit de dos à la société. Il ne s’ouvre qu’au moment des verdicts populaires, des élections, référendums et autres activités démocratiques mais le reste du temps, il vit replié sur lui-même.

L’exemple le plus frappant de cet état de chose est le « scandale » des sans-papiers de Cachan, invités par un footballeur vedette à un match de football de la sélection nationale. On pourrait croire –et de nombreux commentateurs peu scrupuleux ou plus simplement paresseux se sont jetés dans la brèche- qu’un tel matraquage médiatique fût imputable au caractère purement sportif du fait divers. En effet, le football toucherait tout le monde, d’où la justification d’un tel écho.
Il s’agit hélas d’une vision fragmentaire d’un phénomène qui nous ramène aux événements sociaux de ces derniers mois et à la façon dont ils ont été couverts par les journalistes et les médias... Car tout le monde dans les médias n’est pas journaliste, il faut le rappeler.

Libres d’inviter qui on veut...
« Les joueurs sont bien libres d'inviter qui ils veulent. Je tiens simplement à dire à la Fédération française qu'elle soit vigilante à ce qu'un match de l'équipe de France ne soit pas instrumentalisé » a dit à la presse le ministre des Sports Jean-François Lamour. Un autre proche de M. Sarkosy, ministre de l'Intérieur, le député UMP, Yves Jégo, a jugé aussi sur RTL que Lilian Thuram « grand sportif, se (révélait) être un piètre individu sur le terrain de la politique ».

Ces déclarations passées en boucle et cautionnées par l’appareil médiatique -la plupart du temps, le footballeur, durement questionné, était sommé de répondre, un peu comme un accusé dans un tribunal populaire-, fait passer la victime pour un bourreau. Ainsi aveuglés, les Français ne voient pas que ce langage politique repose sur une exclusion, une confiscation de leur citoyenneté, un acte de violence symbolique inoui qui porte directement atteinte au droit de tout un chacun d’exprimer librement ses opinions sur la société et sur ces conducteurs.

Pourquoi un citoyen, qui de surcroit posséde un énorme capital médiatique comme Lilian Thuram, devrait-il être traité avec commisération par des hommes politiques jaloux de leurs avantages ? Et pourquoi ne condamner alors que les Thuram ? Johnny Haliday, Jean Reno, et tant d’autres, furent-ils accusés d’irresponsabilité dans les médias pour s’être donnés en spectacle avec le candidat Sarkosy ? Aucun d’entre eux, pourtant aussi profanes en politique que le footballeur « milliardaire » ne furent rappelés à l’ordre et accusés d’exercice illégal de la politique ! Là encore, deux poids deux mesures.

Nous sommes confrontés à un problème englobant la nature même de notre démocratie au prise avec des professionnels de la politique qui, de façon tout à fait insidieuse, confisquent nos libertés fondamentales. Aurions-nous oublié que n’importe qui dans une démocratie peut être candidat à la présidence et par conséquent qu’il est tout à fait apte à faire de la politique ?

Tout cela ne vous rappelle-t-il pas le scandale Coluche candidat aux présidentielles? A l’époque, « tout le champ médiatico-politique s’était mobilisé, par delà toute les différences, pour condamner cette barbarie radicale qui consistait à mettre en question le présupposé fondamental, à savoir que seuls les politiques peuvent parler politique »[1].
Voilà qui expliquerait aussi l’étrange silence de la gauche dans l’affaire Thuram...

« La politique, c’est la politique »
Voilà qui expliquerait aussi pourquoi les médias n’ont rien vu. Immense caisse de raisonnance au service d’une élite jalouse de ses privilèges, ils assènent sans que personne ne sourcille le fameux « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ». La complicité fondamentale, la collusion entre les médias et le monde de la politique ; la confiscation de nos droits, est un débat plus jamais d’actualité en période électorale. Les graves dangers pour la France que représente la mainmise sur notre liberté d’expression et l’exercice d’une citoyenneté responsable nous oblige à repenser le bien fondé de cette relation incestueuse entre politique et médias qui, nous dit-on, dépend de toute une somme de compétences spécifiques qui seraient à l’image de la complexité du monde moderne. S’entend ; impossible à changer.

Encore une fois, les profanes que nous sommes, sont mis à l’écart et chaque nouvelle intervention de ce genre nous éloigne de la démocratie participative que l’homme de la rue est en droit d’attendre d’une société libre.

Londres, le 8 septembre 2006

[1] Pierre Bourdieu. “Propos sur le champs politique”. Ed. Presses universitaires de Lyon, 2000.



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